Profession : Reporter (Michelangelo Antonioni, 1975) – (Mal)adaptation

Profession : Reporter (Professione: Reporter de son titre original, ou The Passenger chez les anglophones) est un film du grand réalisateur italien Michelangelo Antonioni, sorti en 1975.

On y suit le parcours d’un journaliste, interprété par Jack Nicholson, qui saisit une opportunité de changer d’identité en se faisant passer pour mort. À travers ce récit, le film cherche à nous sensibiliser, notamment, au rapport d’un être à son identité, mais aussi à son environnement.

En effet, une chose très marquante dans le film est le rapprochement des sujets et des décors par les couleurs. Avec un motif visuel aussi flagrant, Antonioni cherche donc à nous montrer qu’il y a un lien fort entre un environnement et l’individu qui y évolue.

PR1

Une interprétation possible est d’y voir l’influence d’un cadre sur l’individu, comme les couleurs des décors qui déteignent sur les personnages. Le film chercherait à nous démontrer que le sens de l’identité qui nous est imposé par la société est absurde : la femme qui accompagne le personnage principal ne dévoile jamais son nom, tandis que lui se délivre du sien, en même temps qu’il laisse derrière lui ce qui le caractérisait (son métier, sa femme, sa maison, etc). Ainsi, il se débarrasse de barrières le retenant dans une vie qui semblait ne le mener nulle part, entrant donc en « révolte », pour reprendre le vocabulaire de Camus.

PR2

La figure de style est donc paradoxale. Le réalisateur nous montre un personnage visuellement assimilé à son environnement, alors qu’il s’agit d’un outsider par excellence.

Effectivement, le film est le récit d’un étranger, d’un homme qui n’est jamais à sa place car son travail l’emmène toujours en terres inconnues, mais aussi car il devient étranger à sa propre identité. Difficile de ne pas voir un lien entre le cinéaste et le sujet de son film. Le réalisateur cherche-t-il à nous parler de sa difficulté d’adaptation au paysage cinématographique anglophone ?

PR3

Profession : Reporter est en effet le troisième film qu’Antonioni a réalisé dans le cadre d’un accord avec la MGM.  Bien que le premier film de cette série, Blow-Up (1966), fut un succès critique et publique, son deuxième, Zabriskie Point (1970), fut un énorme échec commercial. De plus, par la suite, la production du cinéaste sera beaucoup plus éparse et essentiellement italienne. Il semble donc que l’expérience hollywoodienne n’a pas été très positive pour Antonioni, qui a pu se sentir confiné par les codes des géants de l’industrie.

RP4

Le parallèle entre le réalisateur et le personnage principal est rendu d’autant plus évident par une séquence en caméra subjective, où dans un premier temps le personnage de Jack Nicholson questionne un homme, avant que ce dernier ne prenne la caméra entre ses mains pour la tourner vers celui qui posait les questions : une démonstration littérale de la tendance du cinéma à en révéler plus sur ses auteurs que sur ses sujets.

Le message est donc clair. Antonioni, comme son personnage, est un homme sans repères, dans un pays étranger, qui a eu peur de perdre son identité (artistique) sous la pression d’un grand studio.

Profession : Reporter aura ainsi permis au réalisateur d’exprimer à la fois un mal-être universel et son ressenti sur son expérience de cinéaste au sein du système hollywoodien à travers un avatar, nous offrant au passage un chef-d’oeuvre cinématographique.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s